Vélo contre la montre vs. vélo classique: comparatif via Strava

Difficulté pour trouver des études de cas ‘réelles’

Il est malheureusement assez difficile de pouvoir jauger l’apport d’un vélo de contre la montre par rapport à un vélo classique équipé de prolongateurs de triathlète. Il n’existe à ma connaissance aucun test ‘réel’, c’est à dire réalisé par un cycliste lambda avec un capteur de puissance, et qui indique clairement combien de km/h le matériel lui a fait gagner à puissance identique.

On pourrais citer ce graphique assez célèbre, mais qui à mon goût est loin d’être réaliste:

ITT-Time-Savings

Il existe certes une belle étude sur le sujethttp://www.bikeradar.com/road/gear/article/how-aero-is-aero-19273/, un peu entachée par un bug de leur SRM sur un de leur test.

L’expérience reste toutefois intéressante, car elle laisse envisager un gain de 30 Watts en passant sur un vélo de chrono! Dans mon cas, cela reviendrai à pouvoir tenir ma vitesse chrono sur une heure au lieu de 20 minutes!

Mais c’est plus l’expérience concrète d’un coureur de chrono qui m’intéresserai.

Il est vrai que le comparatif est difficile, tant les conditions météos, le terrain et la manière de pédaler (régulier, ou par relances nerveuses) influent sur la puissance. Mais un cycliste habitué à faire des chronos (c’est mon cas) réalise rapidement le gain (s’il existe) apporté par un matériel. En général avant de prendre part à un chrono, je sais à peu prés quelle sera ma vitesse moyenne selon le terrain et la distance, et je connais vaguement mon futur classement selon la liste des habitués présents ou non au départ, et/ou du standing de l’épreuve.

Lors de mes chronos cette année, j’ai souvent remarqué que je perdais pas mal de temps sur les faux plats descendants. Grâce à Strava, on peut en effet comparer les CLM segments par segments, et pour peu que plusieurs concurrents soient équipés de capteur de puissance, on peut en tirer des enseignements intéressants, quoique empiriques.

Etude de cas basée sur Strava

Je me propose donc de décortiquer un des chronos les plus intéressant de ma saison, celui de Saint Georges d’Espéranche. Il est intéressant pour deux raisons: la première c’est la topologie du circuit: une portion en faux plat descendant, une montée, une descente et un finish en faux plat montant. De quoi découper le circuit en quatre segments afin de noter l’influence du matériel sur chacun d’eux.

st_georges
Le profil du chrono

 

La deuxième raison c’est que je suis certain ce jour là d’avoir fait une très bonne performance, pour un classement final décevant (22e sur 70). Il me faut donc trouver une explication…

Ce jour là, j’ai bouclé le circuit de 25.6 km en 39’47 pour une puissance moyenne de 250W (253 normalisé). Parmi les coureurs présents sur cette épreuve et inscrit sur Strava, un a particulièrement attiré mon attention car il a bouclé le chrono à peu près à la même puissance que moi: 251W moyen pour 257 normalisé. Sauf qu’il me met… 1’20 dans la vue et termine 10 places devant moi!

Je sais qu’il a couru avec un vélo de chrono, mais quel est l’influence concrète de ce dernier?

Places aux chiffres: décortiquons les gabarits des cyclistes…

La première idée qui vient en tête est que le coureur en question est plus petit et plus léger, et donc qu’il peut rouler plus vite avec une puissance moindre.

D’après Strava, on est dans la même catégorie de poids. Ensuite, il suffit de vérifier les temps de montée: sur la bosse finale on monte à la même puissance mais je roule plus d’un km/h plus vite que lui (environ 5% plus vite).  Sur la bosse de mi parcours, j’envoie légèrement plus de puissance (8 Watts de plus, soit moins de 3% de plus) pour 0.7 km/h de plus (6% plus vite).

J’en conclue donc que je suis un poil plus léger que lui, sans doute une différence d’environ 3 à 5% (un peu moins sans doute à cause de la prise au vent, mais qui reste presque négligeable toutefois en bosse).

Reste la taille: je suis déjà pas hyper grand (176cm), donc ce coureur étant plus lourd que moi il y a peu de chance qu’il soit beaucoup plus petit. D’après mon estimation, il devrait peser environ 62 kg, peu de chance pour un cycliste de mesurer moins de 170 cm pour cette taille afin de rentrer dans le ‘canon’ type longiligne du cycliste (confirmé par sa photo de profil).

J’en conclue donc que l’aspect morphologique n’est pas prépondérant dans cette étude.

… et des segments

On à déjà vu les segments en bosse: à chaque fois je suis plus rapide que lui. Au total sur les portions supérieures à 4%, je lui prend 20 secondes sur l’ensemble de ce contre la montre.

Cela veut dire qu’il me prend 1’40 sur les portions descendantes ou en faux plats. Il me prend déjà une dizaine de secondes (en moins de 2 minutes) dans la descente de mi parcours: vu ma faiblesse dans ce domaine, on peut considérer à la limite que cette différence n’est due qu’à ma piètre technique de descendeur.

On va passer à la partie la plus intéressante: la portion de faux plat descendant. Le segment Strava mesure 7,5 km, pour une pente moyenne de -1%. Nous avons tous les deux développé la même puissance (243/244 Watts), et pourtant je boucle cette portion à 48.3 km/h, contre 50.7 pour notre coureur témoin! 2.4 km/h de gain pour la même puissance!

La différence est phénoménale car elle entraîne une perte de temps de 27 secondes, soit 3.6 secondes au kilomètre.

Au total, après 13.2 km, en arrivant à la bosse de mi parcours j’ai déjà perdu une minute, mais j’ai roulé un peu moins fort (8 Watts de moins), car je me suis un peu relâché dans la 2e partie du faux plat. Cela est confirmé par la perte au kilomètre qui passe à 4.5 s/km.

Reste à analyser la dernière portion, celle en faux plat montant juste avant la bosse finale. Cette portion mesure 5.1 km pour 67 mètres de dénivelée, soit 1.3% de moyenne. Le coureur a développé un peu plus de puissance que moi (7 watts de plus, soit environ 2.8% de puissance supplémentaire) mais à roulé presque 2 km/h plus vite (31 secondes de moins soit 5.5% plus vite)!

Dans le meilleur des cas (zéro prise à l’air, ce qui n’existe pas), 2.8% de puissance en plus donnent 2.8% de vitesse en plus. Ici on obtient donc 2.7% de gains minimum dû à l’aérodynamisme (et probablement bien plus).

Conclusion

Que peut on donc conclure? Déjà, il faut prendre les résultats avec des pincettes car tout cela reste expérimental.

La seule chose de certaine c’est que je perd 27 secondes dans la portion descendante que nous avons parcourue à puissance identique.

On rajoute les 2.7% minimales du faux plat (une quinzaine de secondes). Cela donnerais 42 secondes de gains dus au vélo de contre la montre. Le reste du temps perdu sur les 1’20 de départ proviennent sans doute des portions où j’ai levé le pied (7 à 8 watts de moins), ainsi que dans la descente technique. On peut également rajouter les descentes trop courtes pour être analysées, ainsi que les traversées de village, les virages lors desquels je suis un peu trop prudent.

Quarante deux secondes de gains qui auraient suffit pour aller taquiner le top15 de cette épreuve.

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